


Projet Faune Habitat Trois Vallées (INFACTHEM) : une deuxième campagne de capture 2026 exceptionnelle qui ouvre la voie vers des enseignements majeurs pour la gestion forestière.
Cofor AURA | 28 Mai 2026
EQUILIBRE SYLVO-CYNÉGÉTIQUE
Une campagne de capture 2026 remarquable
Après 29 nuits de terrain entre décembre 2025 et mars 2026, les équipes ont atteint des résultats particulièrement encourageants avec 36 cervidés équipés de colliers GPS, consolidant considérablement la base scientifique du programme. Ce sont 22 biches et 14 cerfs en plus qui portent un collier gps.
Connaissance scientifique : mieux comprendre les mécanismes écologiques des massifs
L’augmentation significative du nombre d’animaux équipés permet d’analyser avec une précision inédite plusieurs dimensions fondamentales de l’écologie des cervidés et de leurs interactions avec leur environnement :
- L’utilisation des habitats forestiers : les données GPS permettent d’identifier les types de peuplements privilégiés selon les saisons, l’altitude, le niveau de fréquentation humaine ou encore la pression de chasse. Cette approche pourra améliorer la compréhension du rôle des forêts de montagne comme zones de refuge, d’alimentation ou de reproduction.
- Les déplacements inter-vallées et les comportements migratoires : certains individus, comme la biche Villaret, démontrent des déplacements saisonniers réguliers entre vallées, révélant des stratégies spatiales complexes jusque-là peu documentées dans les massifs alpins. Ces observations permettent d’étudier les corridors écologiques, les périodes clés de déplacement et la fidélité à certains territoires.
- L’impact des activités humaines : le suivi spatial permet de mesurer concrètement l’influence du tourisme hivernal et estival, de l’urbanisation, des infrastructures, de la chasse sur les comportements de déplacement, les zones de quiétude et l’occupation de l’espace par la faune sauvage.
- Les interactions entre espèces et fonctionnement global de l’écosystème : en intégrant les données sur les renards, les oiseaux, la végétation et les habitats, le projet vise à mieux comprendre les équilibres complexes entre herbivores, pression anthropique et dynamique forestière.
Gestion de la faune et de l’environnement : des outils concrets pour l’action publique
Au-delà de l’intérêt scientifique, ces données constituent un levier stratégique pour améliorer la gestion durable des territoires de montagne :
- Gestion sylvo-cynégétique : une meilleure compréhension des déplacements et de l’utilisation des habitats permet d’adapter les politiques de gestion des populations de cervidés, de mieux cibler les secteurs à enjeu forestier et de prévenir les déséquilibres entre pression animale et renouvellement forestier.
- Préservation des zones de quiétude : l’identification précise des espaces sensibles et des périodes critiques peut orienter les décisions locales concernant l’aménagement touristique, les pratiques sportives ou la régulation de la fréquentation.
- Conservation de la biodiversité : en documentant les interactions entre espèces, habitats et activités humaines, le programme apporte des éléments essentiels pour concilier développement économique, tourisme et maintien des fonctionnalités écologiques.
- Aide à la décision pour les collectivités : les élus et gestionnaires disposent désormais de données objectives et territorialisées pour construire des politiques environnementales fondées sur la réalité du terrain.
Le cas de la biche Villaret
Parmi les observations les plus marquantes de cette année, la recapture de la biche « Villaret », initialement équipée en 2024 sur la commune des Allues, constitue un résultat particulièrement précieux.
Rééquipée en 2026, cette biche a reproduit presque exactement le même schéma migratoire qu’en 2024 :
- Passage des Allues aux Belleville le 7 avril 2024
- Passage des Allues aux Belleville le 9 avril 2026

Cartes de la biche Villaret équipé en 2024 et rééquipé lors de la campagne de capture 2026. A gauche, les données 2024 couvrent les mois d’avril et mai 2024. A droite les données correspondent au mois d’avril 2026.
Les renards : des captures plus complexes mais toujours riches d’enseignements
La campagne 2026 confirme également les difficultés croissantes liées à la capture des renards, dans un contexte marqué par la diminution locale des populations, probablement influencée par la maladie de Carré. Malgré cela, 4 nouveaux renards ont pu être équipés d’un GPS en 2026.
Les premières analyses issues du suivi GPS des renards mettent en évidence une grande diversité de stratégies spatiales au sein de la population étudiée. Certains individus semblent adopter un comportement très sédentaire, avec des domaines vitaux restreints centrés sur des secteurs bien définis, souvent à proximité de ressources alimentaires stables. À l’inverse, d’autres renards réalisent des déplacements beaucoup plus importants, traversant plusieurs vallées et exploitant des territoires particulièrement étendus. Cette variabilité comportementale souligne la forte capacitée d’adaptation de l’espèce aux conditions environnementales locales et à l’influence des activités humaines en milieu montagnard.
Le cas emblématique reste le renard « Joany », déjà célèbre pour ses traversées répétées du domaine skiable, avec un record de 53 km parcourus en seulement 3 jours lors de l’hiver 2024 / 2025. Ce renard c’est illustré à nouveau cet hiver 2025 / 2026 avec des déplacements surprenants entre les différentes vallées. Cet individu a réalisé 14 allers-retours entre les vallées des Allues et des Belleville, ce qui représente environ 400 km et 36000m de dénivelé.

Carte des déplacements du renard Joany au cours de l’hiver 2026 (décembre-avril).
Une dynamique scientifique et territoriale renforcée
Au-delà des seules opérations de capture, le programme INFACTHEM poursuit un ensemble de travaux complémentaires essentiels à la compréhension globale du fonctionnement écologique du massif des Trois Vallées. L’analyse du régime alimentaire du renard, les suivis forestiers, les protocoles ornithologiques ainsi que l’étude approfondie des interactions entre faune sauvage, habitats forestiers et activités humaines viennent enrichir une approche scientifique intégrée, à l’échelle de tout l’écosystème montagnard.
Cette démarche multidisciplinaire permet de dépasser la simple acquisition de données animales pour construire une vision systémique du territoire, dans laquelle les enjeux forestiers, cynégétiques, écologiques et socio-économiques sont étroitement liés. Le projet Faune Habitat Trois Vallées s’impose ainsi progressivement comme un véritable laboratoire grandeur nature, capable d’apporter des réponses concrètes aux défis contemporains de gestion des espaces de montagne.
Les connaissances produites participent directement à renforcer la résilience des forêts face aux changements climatiques et aux pressions anthropiques, à mieux comprendre les équilibres sylvo-cynégétiques, à préserver la biodiversité patrimoniale des massifs et à fournir aux collectivités locales des outils objectifs d’aide à la décision. Cette montée en puissance scientifique et territoriale fait désormais des Trois Vallées un territoire de référence en matière d’innovation écologique appliquée à la gestion durable des milieux de montagne.
Cette réussite repose sur l’implication conjointe des partenaires techniques, scientifiques, élus locaux, bénévoles et communes mobilisées.

Equilibre sylvo-cynégétique
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